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Points de vue sur le monde des courses hippiques : 

un regard sans concession

Passionnée, l'équipe de journalistes vous propose de tout savoir sur l'organisation, les compétiteurs hommes et chevaux mais aussi sur les abus, les privilèges... Par le biais d'articles de fond sur des faits récents, ou de dossiers sur les grands sujets qui font débat, un seul objectif : que les turfistes passionnés puissent tout savoir et ainsi avoir un jugement s'appuyant sur... la vérité.

Le maître mot, trop souvent oublié par la presse.

 Articles rédigés par Patrick LANABÈRE

 (copies sous réserve d'autorisation)

N° Audiotel > 08.99.700.720

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UN DÉFICIT SUR TOUTES LES CLIENTÈLES

06/09/2014

Le PMU est allé chercher, depuis quelques années, une clientèle non spécialisée, une clientèle "hasardeuse" dans tous les sens du terme. Je l'ai maintes fois commenté, c'était une erreur monumentale sans offrir en contrepartie des garanties à la clientèle "intelligente" des courses, le noyau dur qui joue en analysant les données. Ce type de parieurs, qui jadis composait une majorité (en masse d'enjeux)  des joueurs de courses est devenu minoritaire pour de multiples raisons. Notamment le développement du nombre de jeux et de courses qui ne pouvait que conduire à un affaiblissement des masses et donc, des rapports ; c'est aussi vrai que 1+1 font 2 et pourtant, certains hauts dirigeants l'ont contesté… Ces joueurs, par définition "intelligents" ont donc fini par comprendre que diminuer leur masse était impératif afin de ne pas jouer "contre leur argent".

À quoi bon jouer par exemple, à 30 ou 50 euros de base, voire davantage (tarif des "gros" joueurs) des couplés et trios qui vont voir leurs rapports très amputés avec de telles mises gagnantes. C'est un peu le même problème qui se posait jadis sur les hippodromes provinciaux (que j'ai beaucoup fréquenté alors) : comme les masses étaient faibles (PMHippodrome uniquement), on a très vite compris que lorsque l'on jouait par 10 francs en PMU il ne fallait jouer que par 2 francs en PMH ; et que bien souvent l'on touchait la même chose en jouant beaucoup moins. En tout cas, on n’était pas loin du même bénéfice avec beaucoup moins de risques puisque moins de mises…

En jeu simple, par exemple, si vous jouiez alors 500 francs sur un cheval à 10/1 au PMU, sa cote ne changeait pas. En revanche, si vous jouiez la même somme en province en réseau PMH, la cote passait de 10 à 1,50. Du coup, on jouait 500 pour toucher éventuellement 750, et parfois moins… Donc, on réduisait la mise à 50 francs voire moins, pour que le rapport reste proche des 10. Et l'on touchait ainsi 500… On touchait donc presqu'autant mais le bénéfice était beaucoup plus grand... et le risque moindre ! Tous les joueurs intelligents ont fait cette analyse avec les masses d'enjeux qui se réduisent. C'est l'une des conséquences de la baisse des mises que visiblement personne n'a voulu, ou su, analyser en haut lieu.

Et puis il y a le syndrome de confiance pour ce type de joueurs… Quand on s'intéresse aux courses de manière cartésienne, avec une approche sportive - c'est le cas de ce noyau dur des parieurs qui fond comme neige au soleil- on veut des compétitions régulières et d'un certain niveau. On veut aussi avoir des références, des points de comparaisons. Dès lors, la multiplication des réunions modestes en province et pire encore des réunions de chevaux et jockeys inconnus à l'étranger, a provoqué une démission ! Et comme en parallèle la garantie de sérieux n'a pas augmenté sur les compétitions françaises de bon niveau (voir les décisions aléatoires des juges ou commissaires que l'on constate chaque semaine au trot comme au galop), il y a là encore un motif de désamour de cette clientèle qui raisonne.

Cette perte de confiance d'une grande partie des joueurs de courses est-elle compensée par la clientèle nouvelle, celle du "On joue comme on aime" ? Cette clientèle tant convoitée des organisateurs a-t-elle remplacé l’autre, en termes de chiffre d'affaires ? Cela fait quelques années que j'explique qu'à long terme c'est suicidaire… et nous y sommes. Au fil du temps, ces clients volatiles se rendent bien compte que cela ne tourne pas rond. Allez expliquer à un client qui ne connaît pas grand-chose aux règles, que son favori est disqualifié… L'exemple d'UHLAN DU VAL, privé de la victoire après enquête dimanche dernier dans une épreuve classique à Vincennes, est significatif. C'est un Quinté et le favori est disqualifié alors qu'apparemment il trotte. Seuls les puristes peuvent en effet voir qu'il a quelques petits ratés dans ses allures et qu'éventuellement, il pourrait être disqualifié (cela se discute d'ailleurs). Mais cette subtilité est totalement imperceptible pour cette nouvelle clientèle "amateurs" sur laquelle s'est appuyée le PMU depuis quelques années. C'est tout le paradoxe ! Un joueur occasionnel ou nouveau voit simplement un favori qui passe le poteau en tête, dans les mêmes allures que ses suivants (ou presque) et on rend son ticket perdant en le retirant du classement. C'est incompréhensible...

Troisième cas d'école, le parieur "moyen" un peu entre les deux catégories. Celui qui joue occasionnellement mais avec tout de même quelques notions. C'était la grande majorité de la clientèle. Les ruisseaux qui font les grandes rivières. Ceux-là n'avaient pas accès aux vidéos et ne se rendaient pas, ou peu, sur les hippodromes ;  ils n'étaient pas régulièrement informés des décisions scandaleuses, des injustices dont ils étaient victimes... D'ailleurs, certains dirigeants de sociétés de courses à l'époque, en voulant faire taire la presse indépendante, l'avaient bien compris. Sauf que… Grâce mais par conséquent aussi à cause d'Equidia, tous les parieurs ont désormais accès aux images. Les scandales, les téléspectateurs y ont accès facilement. Quand on voit un cheval s'assommer dans les stalles de départ, comme récemment dans un Quinté strasbourgeois, et qu'on le laisse prendre le départ sans qu'il soit en état de défendre ses chances, ils le voient… Quand un UHLAN DU VAL à une date  maintenu premier (après enquête), et la fois suivante disqualifié pour les mêmes allures, ils le voient !

On ne peut rien leur cacher et c'est tant mieux. Alors plutôt que de continuer à vouloir nier l'évidence, à minimiser les scandales, on ferait bien de prendre conscience, en haut lieu, qu'au 21è siècle, à l'ère des images et de la vidéo pour tous, c'est la transparence et les explications qui doivent être les fondations des courses. En demeurant dans leur pré carré du 20è siècle, les « irresponsables » vont droit dans le mur et seront alors responsables de leur marginalisation, c'est à dire de leur fin sous les formes actuelles. Comment ne comprennent-ils pas que ce serait dramatique pour toute la filière ?