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Points de vue sur le monde des courses hippiques : 

un regard sans concession

Passionnée, l'équipe de journalistes vous propose de tout savoir sur l'organisation, les compétiteurs hommes et chevaux mais aussi sur les abus, les privilèges... Par le biais d'articles de fond sur des faits récents, ou de dossiers sur les grands sujets qui font débat, un seul objectif : que les turfistes passionnés puissent tout savoir et ainsi avoir un jugement s'appuyant sur... la vérité.

Le maître mot, trop souvent oublié par la presse.

 Articles rédigés par Patrick LANABÈRE

 (copies sous réserve d'autorisation)

N° Audiotel > 08.99.700.720

(0,80 € la minute)

Lettre ouverte à Monsieur Yves Dreux

30 avril 2013

Cher Monsieur,

Vous avez très récemment refusé de vous exprimer dans les colonnes du journal quotidien Le Veinard, au sujet des chances de l'un de vos représentants (Séguinel Mabon), reprenant ainsi à votre compte l'attitude d'autres de vos -heureusement- très rares confrères en opposition à la presse. Mais contrairement à l'un des plus illustres entraîneurs de galop, André Fabre, qui boycotte le bloc média dans son ensemble (ce qui n'en est pas moins regrettable), vous avez choisi, Monsieur Dreux, de n'exclure que Le Veinard en expliquant à l'un de ses reporters, fort courtoisement d'ailleurs, ce qui est à mettre à votre crédit : " Au Veinard je ne veux pas parler ! Vous avez des journalistes qui sont des journalistes de pacotille Je ne parle pas à ce journal-là…". Le ton était donné. Alors, Monsieur Dreux, quelle mouche vous a donc piqué ?

Cher Monsieur,

Vous avez très récemment refusé de vous exprimer dans les colonnes du journal quotidien Le Veinard, au sujet des chances de l'un de vos représentants (Séguinel Mabon), reprenant ainsi à votre compte l'attitude d'autres de vos -heureusement- très rares confrères en opposition à la presse. Mais contrairement à l'un des plus illustres entraîneurs de galop, André Fabre, qui boycotte le bloc média dans son ensemble (ce qui n'en est pas moins regrettable), vous avez choisi, Monsieur Dreux, de n'exclure que Le Veinard en expliquant à l'un de ses reporters, fort courtoisement d'ailleurs, ce qui est à mettre à votre crédit : " Au Veinard je ne veux pas parler ! Vous avez des journalistes qui sont des journalistes de pacotille Je ne parle pas à ce journal-là…". Le ton était donné. Alors, Monsieur Dreux, quelle mouche vous a donc piqué ? Avez-vous lu des propos désobligeants sur vous dans ses colonnes ? À priori non. Normal puisque vous n'êtes pas de ceux qui font régulièrement le tour, ni de ceux qui préparent des engagements favorables en course, parfois au mépris des parieurs lorsque ce comportement n'est pas annoncé clairement… Vous n'êtes point non plus de ceux que nous suspectons d'avoir recours à des techniques contestables sans discernement (le déferrage par exemple), ni de ceux dont les résultats sont parfois si surprenants que je suis parfois, en tant qu'éditorialiste de ce journal dédié aux turfistes, obligé, c'est aussi mon métier, de me poser des questions sur les progrès que certains chevaux affichent. Lorsque certaines stupéfiantes prestations rappellent ce à quoi nous avons assisté dans d'autres sports, c'est notre métier de journaliste de s'interroger, d'essayer de comprendre… Et même si hélas beaucoup de nos confrères ont choisi un silence confortable, nous avons nous, choisi, la ligne éditoriale qui se pose des questions et cherche à comprendre. C'est ainsi que fonctionne une démocratie, on s'en aperçoit tous les jours, dans la vie sociétale pour que le consommateur soit le mieux informé possible, en politique pour que les DSK ou Cahuzac soient percés à jour, mais aussi dans les rubriques sportives, Lance Amstrong en étant le plus parfait exemple quand on voit combien la majorité des médias étaient bienveillants face à ses exploits. Aussi, même si notre domaine est avant tout un loisir pour ceux qui s'y intéressent, nous pensons que l’on doit la transparence à nos dix-huit mille lecteurs (source officielle Prestalys 2012) du samedi matin. Et ne pas faire comme si de rien était.

Aurait-on dû taire, par exemple, la course truquée de Mons au mois de janvier (avec enjeux PMU) comme l'ont fait les autres médias hippiques ? Et laisser ainsi s'imprimer, chez les tricheurs, un message d'impunité totale comme l'ont fait les autorités hippiques françaises, co-organisatrices des courses à Mons ? Doit-on aussi faire l'autruche quand nous voyons un comportement indigne ou contraire au code des courses ? Doit-on, sous prétexte que nous aimons les courses, faire l’impasse sur ce que nous pensons être des erreurs politiques graves, préjudiciables à la filière, comme la multiplication des réunions et des jeux,  dont nous écrivons depuis des années qu'elle est une erreur stratégique qui n'avait aucun intérêt à long terme, le budget des joueurs n'étant pas élastique ? Doit-on aussi taire les chiffres d'enjeux faussement présentés comme à la hausse constante par tous les médias, alors qu'ils ont bénéficié d'une baisse des prélèvements de l'État à partir de 2010, baisse d’environ cent millions par an que tout le monde des courses s'est accordée à "oublier"… Ou encore ne pas se révolter face à la désertification des hippodromes, de la stupidité des réunions principales disputées à midi, qui va provoquer un non renouvellement de passionnés (nous sommes tous venus aux courses en allant nous imprégner et voir sur place) et un effondrement à long terme ? Aurait-on dû aussi se taire face aux accusations sans preuves d’une société organisatrice, au fonctionnement autoritaire, qui a provoqué la mise en examen et sur la touche de professionnels, Jean-Philippe Dubois et Yann-Marie Porzier, accusés à tort et, concernant le dernier nommé, privé du droit d’exercer sa profession plusieurs années ?

J'arrête là car la page n'y suffirait pas… Vous avez ensuite, Monsieur Dreux, tenté de justifier votre refus de parler en précisant : "C’est un journal anarchique. Je n'aime pas l'anarchie…. Là, j'avoue que les bras m'en tombent. Tout d'abord, que l'on accuse un journal de courses d’être anarchique, qui plus est en 2013, me paraît pour le moins décalé, pour ne pas dire arriéré. Je n'aurais à cela qu'une seule réponse, l'une des définitions premières du mot : "État de confusion et de désorganisation qu'entraîne la faiblesse de l'autorité politique".  Voilà enfin peut-être LA raison de votre réaction.  Celle aussi qui vous a fait dire à votre interlocuteur : "Quand on travaille au Veinard à mon avis c'est qu'on n'est pas journaliste. Mais vous, vous pouvez venir me voir dans le vestiaire, je vous parlerai avec beaucoup de plaisir. Et le jour où vous serez dans un autre journal, il n'y aura aucun souci car moi je suis ouvert à la presse, à la bonne presse, la presse constructive. Au Veinard, c'est par rapport à certaines signatures, enfin vous voyez bien quoi... ".

Bon, là j'avoue me sentir un peu visé. Je ne sais pas ce que vous ont fait certaines signatures mais visiblement, vous n'avez pas apprécié. Toutefois, je me dois de vous remercier d'être resté courtois avec votre interlocuteur, jeune journaliste. J'en connais qui, par le passé -notamment quand j'étais à Paris-Turf-, n'avaient pas cette éducation. Mais sur le fond, le problème ne vient-il pas du fait que vous vous considérez comme faisant partie de l'autorité politique ? Permettez que je me pose la question... Il est vrai que vous être l'un des piliers du Comité de la société des trotteurs et que, par conséquent vous êtes aussi décideur. Finalement, c'est là que nos deux routes divergent complètement. Je ne suis qu’observateur alors que vous êtes à la fois "autorité" et "acteur". Vous mettez en place les lois, les règles, et les personnes chargées de les appliquer (commissaires et juges aux allures...) d'une activité que vous pratiquez. Un peu comme si les courses vous appartenaient…

Vous êtes notamment très influent sur le programme de courses… auquel vous participez. La question est donc de savoir si tout cela est sain et doit perdurer. Vous et ceux dans votre situation, êtes un peu, si l'on reproduit le schéma courses sur un plan général, des cumulards... Législateur, Conseil d'État et Constitutionnel, Police et Justice, vous êtes tout à la fois. Et dans le cadre d'une structure sportive plus réduite, vous êtes aussi seuls décideurs de l'utilisation des centaines de millions d'euros qui financent un système dont vous êtes les seuls bénéficiaires. Sans mettre en doute la probité de quiconque, je suis de ceux qui pensent que la société, quel que soit son domaine, tourne rond grâce à l'indépendance des différents organes la composant... Notamment la presse, garante d'une certaine forme de démocratie. Dès lors, quand vous suggérer à un journaliste d'intégrer un autre journal, auquel pensez-vous ? Gény-Courses, qui appartient à l'institution, donc indirectement à vous, dirigeants et socio-professionnels, et dans lequel les "journalistes" que je nomme plutôt "attachés de presse", ne peuvent faire que de la promotion, puisque appelés à faire des commentaires sur ceux qui sont leurs employeurs… Une entité qui, soit-dit en passant, affiche un bilan négatif de 4.700.000 euros financés par l'institution (PMU et Sociétés mères) pour sa première année, et perdrait encore 300.000 euros par mois (source Press-news) sans que les socio-professionnels, dont vous faites partie, ne s’en émeuvent officiellement... 

Cher Monsieur, à vous et aux autres qui pensent comme vous, je terminerais en citant deux phrases qui ont dicté ma conduite journalistique depuis près de trente ans : "Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie" (Albert Londres) et "Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur" (Beaumarchais). En rappelant une autre évidence : les centaines de millions d'euros qui alimentent les courses sont issus uniquement des enjeux, donc des parieurs, que nous, presse indépendante, représentons. Des joueurs, turfistes, lecteurs, sans qui vous disputeriez, comme avant le financement des courses par le jeu, des courses de clocher avec un panier d'œufs au gagnant.

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