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Points de vue sur le monde des courses hippiques : 

un regard sans concession

Passionnée, l'équipe de journalistes vous propose de tout savoir sur l'organisation, les compétiteurs hommes et chevaux mais aussi sur les abus, les privilèges... Par le biais d'articles de fond sur des faits récents, ou de dossiers sur les grands sujets qui font débat, un seul objectif : que les turfistes passionnés puissent tout savoir et ainsi avoir un jugement s'appuyant sur... la vérité.

Le maître mot, trop souvent oublié par la presse.

 Articles rédigés par Patrick LANABÈRE

 (copies sous réserve d'autorisation)

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Les courses et les tutelles : je t’aime moi non plus !

24 février 2017

Début janvier, a eu lieu une réunion des acteurs de la filière des courses, organisée au Ministère de l’Agriculture, en présence du maître des lieux actuel, Stéphane Le Foll, de Christian Eckert (Budget) ainsi que de Patrick Kanner et Thierry Braillard pour les sports. Une réunion de deux heures pour, à la sortie, pas grand-chose. Est-ce surprenant ? Lors des dernières décennies, la technique a toujours été la même dans les moments financièrement difficiles : aller tenter d’expliquer à l’État que tout va mal et qu’il faut accorder des plages de respiration financière (si possible définitives) pour l’hippisme. 

Les dirigeants des sociétés de courses étant toujours les mêmes, grâce à un système quasiment monarchique, la technique n’a donc pas changé : laisser croire que tout a été fait pour maintenir la filière et son activité dans les meilleures conditions, et que les difficultés viennent du contexte extérieur aux courses : crise(s) financière(s), chômage, etc… Comme si ces excuses, les mêmes depuis des années, pouvaient encore convaincre les tutelles.

 

L’ÉTAT SAIT COMPTER...

 

Évidemment, l’État est conscient des difficultés via le chiffre d’affaire du PMU en baisse, car il agit aussi directement sur les recettes fiscales ! C’est aussi simple que cela. Un État qui met le nez dans le secteur mais à moins de cinq mois des présidentielles… Lors du précédent mandat (N.Sarkozy/F.Fillon) le fameux rapport « Augereau » avait aussi été commandé en fin de quinquennat, avec toutefois alors une volonté de faire évoluer les choses. Mais on sait aussi que les dirigeants des courses avaient, sur la foi de bilans soi-disant positifs, tout fait pour enterrer ce rapport qui livrait un constat sévère et proche du réel. En le remplaçant par un autre, plus lisse, d’un de leurs amis proches, le sénateur Dupont, messieurs Bélinguier, De Bellaigue et Germond, alors aux affaires, organisaient en fait un enterrement de première classe…

Pourtant, nous avions démontré, en 2011, que les chiffres 2010, ainsi que le constat de la première décennie des années 2000, laissaient craindre le pire. Nous écrivions alors notamment : « Il faut cesser de prendre les turfistes pour de simples vaches à lait ou joueurs de loterie. La solution pérenne (échappant à des dirigeants pratiquant seulement le court terme), c’est de retrouver les raisons d’être de la passion des courses : logique sportive, amour du cheval, régularité et transparence des compétitions. Mais aussi exportation du savoir- faire technique du PMU, indéniable, pour proposer nos courses d’un bon niveau aux parieurs européens, tel que le fait la Française des Jeux avec l’Euromillion. En revanche, si l’on persiste à pratiquer une politique ignorant l’intelligence du jeu, sans valorisation du bon niveau hippique français, sans recentrage vers les fondamentaux turfistes, nous serons tous victimes. Notamment du phénomène de l’hippodrome vide, et du non renouvellement de la clientèle passionnée au profit de celle des jeux de hasard. Celle qui pourra un jour se contenter d’assister à des courses virtuelles, sans chevaux, sans jockeys, sans entraîneurs, sans propriétaires-éleveurs, sans turfistes… »

Hélas, les cinq dernières années nous ont donné raison. Sans qu’aucun dirigeant ne daigne réagir à nos propos. Crime de lèse-majesté ?

 

LES VRAIES RAISONS DES BONS CHIFFRES DES ANNÉES 2000 à 2009

 

Pourtant, notre analyse était argumentée : « On ne propose aux parieurs que de l’incitation au jeu, sur une base inflationniste qui dénature et dépouille les masses, sans combler le manque d’imagination et d’innovation, lacunes essentielles du système… La  politique des années 2000 doit ses relatifs bons résultats à une autre raison que l’augmentation de l’offre, à savoir les nombreux progrès techniques à mettre au crédit des informaticiens du PMU : prise des paris jusqu’au départ des courses (au lieu de 13 heures auparavant) ; paiement en tous lieux et délai de publication des rapports (passé de 20mn à 3mn) d’où un recyclage conséquent ;  développement continuel d’internet… Sans oublier le nombre de points de vente, doublé ces dernières années pour dépasser les 11.000 ! Quel commerce n’aurait pas augmenté son chiffre d’affaires en multipliant par deux ses magasins et en réformant positivement son système informatique ? En attribuant majoritairement les bons résultats au calendrier inflationniste, on trompe les observateurs… ». Voilà nos propos en 2011.

Depuis, les points de vente sont passés à plus de 13.000 ! On est donc arrivé à saturation aussi dans ce secteur des points de vente. Et le chiffre d’affaires global en France baisse désormais régulièrement.

 

La panique a donc saisi nos dirigeants en 2015/2016 avec comme solution, non pas des réformes, mais un appel au secours vers les tutelles, comme d’habitude. Bien résumé par leur nouvelle « porte-parole », la Présidente du Groupe Cheval au Sénat, Anne-Catherine Losier : « La filière a le couteau sous la gorge, or l’État a les moyens d’agir en redonnant de la capacité de financement… »

C’est à pleurer. En fait la seule demande légitime est une révision de la TVA, dont l’augmentation a fait du mal à la filière. Mais là encore, combien d’années de retard dans l’analyse ? Lorsque le projet s’est mis en place, où étaient les dirigeants ? Où étaient les socio-professionnels qui allaient être directement impactés ? Aux abonnés absents…

Car tous ceux qui sont, ou étaient, aux manettes sont des « grands » éleveurs-entraîneurs… Tous sous le régime des sociétés, donc tous bénéficiaires de la récupération de la TVA en crédit sur investissements… Pour eux, l’impact était dérisoire. Le vrai problème était pour les « petits », les particuliers qui ont vu leurs coûts d’achats de chevaux, de pensions, augmenter d’au moins 15% ! Des dirigeants à l’écoute de l’intérêt général auraient dû bouger. Ce fut pourtant un silence coupable ! Les voir maintenant aller expliquer les difficultés, avec quelques années de retard, est consternant, d’autant que la raison majeure de leur démarche vers les tutelles est probablement ailleurs : qui dit C.A en baisse dit allocations en baisse à l’avenir. Et en tant que gros éleveurs-propriétaires, ce sont eux qui seront parmi les plus touchés financièrement ! C’est beau l’intérêt général…

 

LE SYSTÈME TEL QU’IL EST N’A PLUS D’AVENIR

 

En fait, il n’y a qu’une solution pour véritablement tenter de sortir du tunnel : une gestion mutualiste entre les acteurs (socios-professionnels issus d’élections au fonctionnement clarifié), les banquiers (propriétaires, turfistes-joueurs via associations en place), le tout supervisé efficacement par des tutelles concernées, entourées de vrais conseillers en hippisme ! Et non plus un État uniquement collecteur d’impôts…

Lors de mon analyse de 2011, je rappelais la nouvelle convention alors mise en place: « A partir du 1er janvier 2010, le taux de prélèvement fiscal est égal à 5,7% des sommes engagées, contre un taux précédent de 7,7%. Concernant l’affectation du produit de ces prélèvements, il était précisé que « dans le détail, l’Etat accomplit un véritable effort en faveur de la filière équine… ».

Ce qui s’était traduit, en chiffres, par un bonus fiscal considérable qui, rapporté aux enjeux de l’année 2010 (9,540 milliards), permettait une substantielle économie de près de 100 millions d’euros par année à la filière hippique. Et l’on constatait que la hausse du résultat net 2010, par rapport à l’année 2009, n’était que de 60 millions  d’euros (791 contre 731). Par conséquent, si l’Etat n’avait pas fait un « sacrifice » (qu’il pensait être compensé par une hausse générale substantielle des mises, promise par la filière…), le bilan net 2010 aurait été en baisse d’environ 40 millions (recul dépassant les 5%) !

 

OCCULTER LES RÉALITÉS FINANCIÈRES... POURQUOI ?

 

Un véritable signal d’alerte que tout l’establishment a pourtant soigneusement occulté. Pourquoi ? Peut-être pour pouvoir faire, sans bruit, une opération inédite dans le paysage français : investir dans la presse (Gény) dans des conditions financièrement suspectes et tenter, en passant, de contrôler les médias spécialisés. Ce fut réalisé en grande partie. Mais le bilan fut lourd, très lourd même. L’affaire Gény, entre son achat bien au-dessus de sa valeur -sans se demander à qui profitait le crime- et son fonctionnement à perte (pratique du « dumping ») a coûté des dizaines de millions d’euros à la filière... Avant que les tutelles, alertées, ne prient les dirigeants des courses de se séparer d’un média encombrant financièrement et déontologiquement: la situation d’un organisme sans fonds privés, sous tutelle d’État, qui détenait un média était une première dans notre démocratie !

Ainsi, en deux exemples (le second étant l’erreur juridique de France-Galop qui lui a fait perdre les baux originaux d’Auteuil et Longchamp…), la filière courses a perdu, par sa faute, des dizaines et des dizaines de millions d’euros ces dernières années ! Peut-être plus que le déficit des sociétés mères d’une année entière ! 

Pourtant, personne n’est responsable... Fin 2011, je terminais mon édito par ces mots : l’étude détaillée du bilan 2010, largement déficitaire, annonce un tsunami, qui par définition demeure au préalable invisible du plus grand nombre mais fera assurément de considérables dégâts… même si l’élite, elle, survivra.

À bon entendeur…

 

 

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